Huile ou pastel?


Pour les portraits, je sors mes pastels: Schmincke, Senelier, Dalbe ou Comté, à chacun son rôle. Plus ou moins poudreux, plus ou moins lumineux, j'ai besoin de les voir et de les sentir pour chaque trait qui va composer un visage. Plusieurs traits pour un portrait d'enfant, un portrait de vieillard: un portrait d'orient ou de Bretagne. Ou d'ailleurs...

J'aime le contact avec la carte pastel, son coté granuleux, un peu sculptural.

Réaliser un portrait selon moi, c'est un peu comme sculpter: on touche les joues comme pour mieux en apprécier le relief, on effleure le front du doigt pour lui donner plus de lumière. La main est instrument de création: il n'y a pas d'intermédiaire entre l'oeuvre et soi-même. L'unique devient le tout.  

Avec l'huile, les sensations sont différentes: le pinceau s'échappe en envolées lyriques et créatives (ou créativement lyriques?), les couleurs glissent, parlent d'elles mêmes, le pinceau est l'étape finale du mouvement, le prolongement de la main.

 ombre et lumière...

 

Le yin ( ou  ) et le yang ( ou ) sont deux catégories symbiotiques et complémentaires, que l'on peut retrouver dans tous les aspects de la vie. La notion de complémentarité est propre à la pensée orientale qui pense plus le dualisme sous forme de complémentarité. Selon le Shuowen xiezi, le sens de yin est : « sombre, [comme] le sud de l'eau ou le nord de la montagne »; celui de yang est « forte brillance ».

Les points de couleurs opposées ou biaoli rappellent que ces deux concepts sont liés, et que l'un existe grâce à l'autre.

« […] Change is the result of combinations and separations of the four indestructible elements, like a painter mixing colors, said Empedocles; it is governed by two cosmic principles, Love [...], the original source of organic unity and creative combination, and Strife [...], the principle of diversity and differienciation. The life cycle of the cosmos thus oscillates in cycles between unity and diversity (Kahn, 1968) ». Anthony Wilden, The Rules are no Game. The Strategy of Communication, 1986.

C'est ainsi que je conçois la peinture, et la vie: rien de plus.

 et pourquoi pas peindre avec les doigts...

Ou la main elle même : je ressens souvent le besoin de toucher la toile avec mes doigts, pour affiner un drapper, ou tout simplement par pur plaisir.
Quand j'ai commencé à peindre, il y a maintenant quatre ans, ce qui naissait de mes huiles étaient d'immenses paysages: la création était panoramique, les couleurs exubhérantes, les formes très rondes comme des bonbons.
Et puis j'ai appris la puissance de l'huile et ses contraintes aussi : les premiers portraits figuratifs, un peu déroutants, la quantité de matériel nécessaire, le choix entre peindre sur le lin ou l'isorel...

Quand on me demande quelle est ma technique, que répondre? Pourquoi se limiter à une technique alors que chacune évoque à sa façon un élan, un plaisir, une passion que l'autre ne fera pas éclore?

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