A coté de tant de peintres, BELAZIZ conserve sa belle sincérité et la fraicheur de son sentiment.solitaire, sacrifiant tout à son travail, il dissimule sous sa desinvolte un trés beau tempérament de peintre qu'il faut savoir prendre au sérieux en attendant que le temps fasse un veritable classement de valeurs.

S'il n'a été visible que dans de trés rares expositions(NADAR et d'autres) ou son travail à imposé le respect et l'admiration, c'est qu à son point de vue il seraissans nul doute préférable de ne pas restreindre le cercle de ses admirateurs à un quarteron de critiques et à une escouade de mercantis

Peintre de la somptuosité, BELAZIZ avait demandé au maitre du passé le plus sur de son art.
Une fois la solidité de sa technique acquise,il a pu étendre le domaine de ses recherches qui l'ont orienté vers des formes nouvelles et des compositions originales.
Est au centre de sa pensée l'etre humain et ses aspiration, fidéle à son essence et à sa vertu.
Le paysage n'a pas ses faveurs.
En cela, il est quelque heritier de la renaissance italienne.
Les oeuvres qui le définissent le mieux sont celles ou il s'attache à donner sa place à l'homme dans la cité,traduit dans ses gestes et postures les plus significatifs.
Et c'est presque en peintre classique que BELAZIZ abord son travail, conçoit la composition et l'élaboration de ses tableaux.
Les thémes qu il privilégie offrent pour lui des ressources illimitées, tant et si bien que dans chaque oeuvre une tonalité

fondamentale domine et toujours dans un souci majeur d'équilibre et d'harmonie.
S'il peint avec une grande simplicité de moyens, son rendu échape à la contagion comtemporaine pour retrouver la sécurité née de la conduite subtile de l'oeuvre entiére.
On perçoit la plénitude des volumes, la conduite des lignes, le rapport des masse.
Le tout témoigne d' une longue initiation au réel.Et qu'importe s'il met dans ses toiles une franchise un peu brutale, s'il pétrit les chaires des femmes dans ses nus comme s'il en avait plein les mains!
Ses nus comme de femmes sont discrets, doivent beaucoup à un heureux effort de renouvellement dans une gamme de ton plus vifs, toujours renouvelée.

BELAZIZ s'attache autant aux apparence qu'à leur abstraction, misant le plus souvent sur l'inconscient duu spectateur.
Il n'est pas jusqu'à sa conception du dessin qui ne se modifie progressivement.
Il lui arrive d'écarter les details precis et d'en utiliser qui soient destinés à frapper davantage le regard et l'esprit.

Nourdine BOUSFIHA

Cas de couleur ou la femme bariolée

Texte écrit par Jean-Pierre VAN THlGHEM à l'occasion de l'exposition de Ablatif Belaziz à la Galerie APLANOS à Assilah en janvier 2005
CAS DE COULEUR

LA FEMME BARIOLEE-

C'est quoi la couleur? Si on la voit, c'est qu'elle est là, qu'elle existe. Mais une couleur en soi ne veut rien dire. Elle signale qu'il y a de la couleur, n'importe laquelle, pourvu qu'elle soit présente. Constater que tout est couleur est une évidence. Rien n'y échappe. Elle est en surface de tout ce qu'on peut voir, quelque soit le support. Elle contient chacune ses nuances, ce qui lui permet d'être le tout d'elle¬ même, en dehors des autres, sauf s'il y a mélange. C'est ce qui se passe avec une couleur isolée, peu importe laquelle.

- Certaines couleurs sont plus complexes que d'autres, même si toutes n'arrêtent pas de nous interroger au sujet de ce qu'elles sont et ne sont pas. Chaque, cas de couleur est bourré de suggestions et de références. Il ne joue pas au boute-hors, même si une couleur rappelle toujours la même ailleurs, dans des lieux totalement différents, couvrant des choses qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre. Le vert d'une feuille est proche du vert de l'herbe, d'une algue, d'une écharpe verte, de la coque verte d'une barque, jusqu'au vert sur le corps d'une femme en ce qui nous concerne.

- Le titre du livre du philosophe français Jacques Derrida, «La vérité, en peinture », annonce une réflexion qui va bien au-delà de la couleur. Il l'aurait aussi appelé « Du droit à la peinture», ce qui rentre de plein pied dans notre sujet, mais par d'autres portes. Est-ce qu'une couleur peut pré-exister à sa propre couleur? Elle serait alors une pré-couleur qui annonce la couleur
qu'elle va devenir. A ce stade elle n'~ pas encore choisi quelle couleur elle va représenter. Tout dépend de ce qu'elle va habiller, comment elle va revêtir, dans quelle configuration, sous quel angle, à la lumière de quoi, à quelle heure de la journée, dans quel éclairage. La même lumière peut-être dramatique, tragique, paisible, déchirante, triste, joviale, irascible; provocatrice, sensuelle, aérienne, opaque, lourde, percutante, etc. selon le cas.

- Il n'y a pas de couleur innocente, vierge de tout. Celles qui sont autour de nous, et auxquelles l'homme n'a pas touché, appartiennent à la nature et changent de couleur à cause de la nature. Les variations d'une feuille verte sont tributaires des saisons. Le vert passe au jaune, à l'orange, au brun, jusqu'à sa complète disparition. La mer change constamment de couleur en fonction du temps, de l’heure, du soleil et de la lune.

- L'homme décide de la couleur de sa table, ses chaises, son fauteuil, ses murs, sa maison. Comme la femme, il choisit la couleur de ses vêtements. La femme en plus, change parfois la couleur de ses cheveux, de ses lèvres, de' ses yeux, de ses ongles. Elle porte le henné à l'endroit de son corps qui lui convient. En outre, la peau change de couleur, selon qu'elle est lisse, matte, en sueur, sèche ou mouillée. . .

- L'artiste fait exactement ce qu'il veut. Bien entendu, il peut utiliser les couleurs qui conviennent logiquement au sujet. Il peut créer des harmonies d'un objet à l'autre. Il peut peindre des ambiances cohérentes. Bref, il peut tout se permettre, tant et si bien qu'il peut modifier le sens qu'on accorde normalement à une couleur. Il peut l'appliquer sur quelque chose pour en faire autre chose. Ainsi, il peut rendre l'objet insolite, déplacé ou absurde. La chose peut acquérir une existence qui ne lui était pas destinée.

- Chez Belaziz prévaut une obstination récurrente qui consiste à parer le corps des femmes avec toutes sortes de couleurs. Néanmoins, le corps reste nu. Il y a évidemment les contours qui sont signifiés d'une façon réaliste, parfois accentuées par des traits foncés, comme s'il fallait contenir le corps à l'intérieur de son volume, afin qu'il n'envahisse pas toute la surface de la toile. Quelle que soit l'épaisseur des marques de couleurs, le corps apparaît comme dans une sorte de transpiration. Il est offert, en tout les cas au regard, et il ne peut s'échapper, il ne peut sortir de son espace clos. Il est collé à la toile par la peinture, même si parfois il est porté comme par un coussin d'air.

- L'homme est peu présent. Il est installé et fragile. Curieusement, lui est habillé, comme dans une parade, dans la cérémonie du costume. Dans un tableau, il bascule, il va tomber. Son costume sobre le pousse en bas de sa chaise. Mais sa main gauche est tendue. On ne la voit pas, parce qu'elle est hors du cadre. Elle effleure peut-être le corps d'une femme. C'est une raison d'être ému et de vaciller. Il est embarrassé de sa personne entourée de toutes ces femmes nues, ou presque. Une autre image montre des hommes assis autour d'une table dans un café. Ils ont le comportement grégaire de ceux qui parlent des femmes en leur absence. Ailleurs, il apparaît parfois, mais à l'arrière, presque caché par la femme. Il est donc secondaire. Il n'est pas la priorité du peintre, comme le montre les tableaux. L'homme c'est l'artiste, celui qui peint des femmes nues, qui prend le temps de les rendre bien présentes et qui ensuite avant et pendant, les regarde attentivement, sans hésitation et sans pudeur. Aime-t-il la femme, l'idée de la femme ou sa représentation?

- Les couleurs vivent intensément leur vie de couleurs. Elles se parlent, se touchent, se pénètrent. Elles ont leur autonomie. Ce sont des cas particuliers, des « cas de couleur ». Voilà le point central des tableaux de Belaziz, que je vois au fur et à mesure qu'ils sont en train d'être encadrés. En principe et en partie, ce texte précède la découverte des peintures. Mais cet exercice ne tient évidemment pas debout, car la première vision est déjà imprimée dans la mémoire. Elle doit donc être considérée avec ces toiles en fond. Elles sont une partie du fil conducteur, l'autre étant la couleur. Déjà, les tableaux ont la priorité, puisqu'on ne peut pas les effacer, tandis que la couleur n'est évoquée qu'en tant qu'idée de couleur. Les couleurs utilisées par l'artiste sont déjà la concrétisation d'idées. Elles ont été choisies pour être montées dans un contexte bien précis, sur toute la surface du corps de la femme. Il est donc bien question des œuvres de Belaziz, bien que le raisonnement peut-être tenu au sujet de n'importe quel tableau.

- La couleur est un véhicule de pensées. Elle peut prendre tout ce qu'elle veut et on peut lui attribuer plein de significations différentes. Extrait d'un bout de conversation. A Séville au téléphone, José-Marie demande de quelle couleur doivent être les cubes. Anne-Judith à Ahmed : quelle couleur? Anne-Judith à José-Marie: tu prends ce que tu veux … Et s'adressant vers nous: il n'a qu'à choisir, puisqu'il s'agit de la chambre où il va loger. La couleur, ici, est entre les mains des protagonistes. C'est un cas d'indécision de la couleur. Les tubes et les murs attendent. Quelle sera l'harmonie des couleurs dans la pièce?

- Quant au tableau, il y a certainement une préméditation dans le choix des couleurs, quelque soit la part de spontanéité et d'improvisation. Dans les œuvres de Belaziz, il est question de corps nus de femmes. Ils sont peints d'une certaine façon dans des couleurs différentes. Ils ont leur spécificité propre, à nulle autre pareille, même si subsiste une part d'académisme et un clin d'œil au peintre expressionniste allemand Otto Dix. Il ne faut pas oublier que Belaziz vit à Larache, où il est né en 19'53, et où il enseigne dans une école. Avant, il a fait ses études à l'académie des beaux-arts de Bruxelles. Les interférences culturelles contribuent à l'originalité de sa démarche.

- Mais ces femmes? Certaines portent la peinture en surface. D'autres sont dans l'étreinte. D'autres encore sont en séduction à la table d'un café et vu l'inclinaison des yeux, attendent on ne sait quoi tombé du ciel. Les chairs, souvent grasses, portent allègrement les coups de pinceau qui les imprègnent de traces de toutes les couleurs. On dirait qu'elles sont en attente. De qui? De quoi?

- Bribe de conversation entre trois femmes: Anne, Anne Judith.et Jacqueline.
J. : Il peint le désir du corps, mais il ne peut pas atteindre la femme. Il se venge.
A. : Il aime terriblement la femme, mais il est pudique, il la cache avec des couleurs violentes.
A-J. : Il veut se libérer des femmes.
J. : Il peint avec du sperme inutile.
A. : Il les exalte et les condamne par la force de son désir.
Les propos de ces trois femmes spectatrices suggèrent des interprétations différentes qui ne se rejoignent que dans la présence de la femme peinte. Elle est nue tout en ne l'étant pas, puisque revêtue de taches de peinture de couleurs différentes.

- Le thème de la femme nue en peinture est universellement répandu, mais apparaît chaque fois dans son unicité. Non seulement il est corps, mais il porte aussi ses propres significations. En outre, il est localisé à la surface du tableau, entouré de motifs qui le mettent en situation. Souvent, Belaziz l'abandonne au sort de la peinture qui couvre le fond de la toile, lui aussi de plusieurs couleurs, et qui ne laisse aucun espace à découvert. Quelques meubles, surtout de quoi s'asseoir, font partie de la composition. Les limites du tableau clôturent l'abondance des couleurs, l'effervescence des taches et des traits de peinture. Comme une pomme de Cézanne n'est pas une pomme de Van Gogh. Le langage de la peinture est un moyen d'expression qui n'appartient qu'à un artiste à la fois.
- Est-ce que ces femmes nous regardent, ou peut-être leurs corps? Leur masse n'est pas vraiment déposée. Elle flotte. Elle est suspendue. Debout, elle est attachée à un tuteur. La raison pourrait être imputée à une erreur d'expression, ou alors elle est intentionnelle. TI n'est pas aisé d'en saisir le sens. TI arrive qu'une jambe soit différente de l'autre. Si c'est une astuce de langage, elle renvoie soit au peintre, soit au spectateur. L'option est ouverte et elle est viable. La jubilation des couleurs bat son plein sur les corps et bien entendu moins sur le fond. Les rondeurs anatomiques sont propices à ce déferlement. Ce sont des traces d'avalanches, des confrontations fortes, de vêtements en lambeaux. Les valeurs chromatiques sont redistribuées.

- Le corps est le premier objet. Tout se mesure ici à la taille du corps, celui de la femme, son excès ou son insuffisance de taille, son presque ou son presque trop à la mesure de son volume, de sa tête, ses seins, son ventre, ses fesses, ses cuisses, ses jambes. La taille a toujours deux tailles: celle qu'elle limite et ce qui se libère de sa limite. La perception de l'espace est réduite. Le corps est à corps avec son propre corps. Rien ne se perd dans l'indéfini. Tout est cadré. TI n'y a que la face à face qui décide.

- C'est dans le rendez-vous des couleurs que la lumière se fraie un chemin de vibrations. Elle anime en surface l'intérieur de corps. Chez Belaziz, la prédilection inonde les seins de la femme, l'enveloppe et les dévoile. Ils s'offrent à ses caresses, se lovent dans l'offrande. La lumière tourne sans cesse autour d'eux et en éclaire les couleurs qui les couvrent. La lumière s'éclaire d'elle-même, car aucune autre source n'en indique la provenance, si ce n'est peut-être le sein lui-même.

- Abdellatif Belaziz est consterné par la femme. Réelle ou peinte, en chair ou fictive. Est-il fasciné par la femme, telle qu'elle est représentée dans l'histoire de l'art? Il a bariolé son corps comme s'il s'agissait d'une revendication et d'une appropriation, ou alors d'une mise à distance, hors de portée. Est-ce une manière de transgresser un tabou? Un hommage certes à celle qui donne naissance à la vie.

- Et celle par qui le désir et l'amour vient au monde, est-elle de plein pied dans la réalité ou serait-ce une fiction qui s'est développée dans l'imaginaire de l'artiste?



Assilah, janvier 2005
Jean Pierre VAN THIEGHEM
Critique d'art international







P.S. Ce texte peut aussi être considéré comme un prétexte d'un traité des couleurs.
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